mercredi 2 novembre 2011

Introduction au Seitai




Introduction
au Katsugen’undo
Seitai

Bruno Traversi


Préambule

Le katsugen’undo est une discipline japonaise qui a été fondée par Haruchika Noguchi, au début du XXème siècle. Le Katsugen’undo fut ensuite introduit en Europe par Itsuo Tsuda. Tsuda a écrit 9 livres sur le sujet portant tous comme sous-titre « École de la respiration », aux Editions Courrier du Livre. Il enseigne le katsugen’undo en Europe à partir de 1971, en France tout d’abord puis en Suisse. Notons que Tsuda fut également connu pour sa pratique de l’aikido dont il connaissait intimement le fondateur, Ueshiba Morihei.
Le Katsugen’undo est également connu sous un autre nom, plus simple a retenir pour l’occidental, le « seitai ». En fait le katsugen’undo est une partie du seitai qui regroupe plusieurs pratiques complémentaires. Seitai signifie « équilibrer le corps ».

1) Le Seitaï Shidô
Haruchika Noguchi a mis au point une discipline, ensemble de méthodes capables de redonner à l’être humain ses capacités de réactions naturelles, qu'il nomma Seitaï Shidô. Cette nouvelle discipline qui reçut l’aval du ministère de l’éducation nationale du Japon, aborde  notamment des principes d’éducation, mais aussi d’accouchement, et de communication avec les enfants et les bébés, etc.

Le Seitaï Shidô regroupe le Katsugen-Undo, le Yuki, le Seitaï Sôhô, les Seitaï Taissô.

Le Katsugen-Undo est une pratique au cours de laquelle, après une série de mouvements respiratoires visant à induire un état de non-faire, de non-penser. Cette pratique vise à laisser s’exprimer spontanément par des mouvements de nature inconsciente, afin de dénouer les tensions qui peuvent s'accumuler  durant le vécu quotidien.

La discipline de Noguchi se comprend à partir de la notion de Ki. Cette notion est sans aucun doute une notion étrange pour l’Occidental moderne. Néanmoins il est impossible d’aborder l’étude et la pratique des arts japonais sans évoquer cette notion d’énergie vitale. Celle-ci est fondamentale à la civilisation japonaise. Elle se retrouve aussi bien dans les expressions quotidiennes, que dans els arts tel que la calligraphie, les arts de méditation ou encore les arts martiaux. Nous développons cette notion ci-apres.

Remarque : Les Seitaï Taissô et le Seitaï Sôhô sont deux des domaines réservés aux professionnels du Seitaï. Les Taissô ressemblent extérieurement à des mouvements de gymnastique, faits sur mesure, au cas par cas. Le Seitaï Sôhô est fondé sur des techniques de manipulations corporelles extrêmement précises qui évoquent ce que nous connaissons en occident sous le nom d’ostéopathie. Une telle pratique exige plusieurs années de pratique assidue.

2) Le Katsugen-Undo
Le Katsugen-Undo signifie littéralement « le mouvement de la force à l’origine de la vie », nommé plus couramment « mouvement régénérateur », constitue le cœur du Seitaï exotérique.
Ce mouvement  consiste en une suspension momentanée de l’activité du système moteur volontaire. Ceci ne nécessite aucune connaissance, ni technique. On n’exécute pas le mouvement régénérateur, on se place plutôt dans un état calme (Tenshin) et c’est le mouvement qui se déclenche de lui-même, en réponse aux besoins de l’organisme.L'idée principale est donc de laisser  l’organisme travailler tout seul.

Le spectacle du mouvement spontané peut paraître surprenant, saugrenu, voire dérangeant. En effet, dans la vie quotidienne nos mouvements sont contrôlés, par l'intellect. Avant d'agir, nous délibérons, posons des choix.C'est sans doute un modèle du comportent que nous héritons en partie d'Aristote qui fait de l'homme prudent le modèle du comportement humain. Dans nos société, un mouvement qui dépasse le cadre de l’action volontaire paraît relever de la maladie, de l’hypnose, de la transe, ou de la folie.

Dans le cas du mouvement régénérateur, l'acteur reste conscient et libre. On peut reprendre le contrôle quand on veut. De ce point de vue le mouvement spontané du seitai ressemble à un un bâillement, on peut le stopper mais il faut pour cel endiguer un mouvement naturel de l'organisme ce qui n'est pas agréable.

Il est important de noter que le mouvement Katsugen diffère d’un individu à un autre, et chez le même individu, d’un moment à l’autre, suivant les besoins de l’organisme, ses tensions partielles et la typologie de chacun.

Il peut affecter chaque région du corps différemment : le cou, les épaules, la région lombaire, le bassin, les jambes, etc. même les organes internes peuvent y participer ; certaines personnes réagissent par un sommeil très profond, différent du sommeil normal.

Au cours d’une séance le mouvement peut s’accentuer, ralentir, repartir, se polariser à un endroit, puis à un autre ; certains jours, il peut être plus fort que d’autres. On peut passer par des périodes où l’on a l’impression que rien ne se passe, alors qu’en fait le travail de normalisation se poursuit silencieusement intérieurement. Chaque personne ayant un vécu et des besoins différents il existe une infinité de formes différentes. Les débutants peuvent avoir un mouvement de très grande amplitude, saccadé, bruyant, alors que les plus anciens ont souvent un mouvement fluide et harmonieux, parfois même discret et subtil.

Le mouvement spontané du corps existe chez tout le monde, par exemple : bâillements, rires, éternuements, mouvements durant le sommeil, transpiration, frissons. Il peut être observé chez les très jeunes enfants qui bougent encore de manière spontanéen.

3) Le Yuki-Hô et la notion de Ki
Dans le Yuki-Hô (littéralement « le Ki heureux, unifié » ou expiration concentrée), on utilise la respiration ventrale,on aide son partenaire, généralement par l’intermédiaire du contact des mains, afin que le mouvement spontané surgisse et s'installe. Là encore, celui qui pose les mains doit se placer dans un état de non-faire, non-penser, non-vouloir, d’absence d’intention afin de réaliser la fusion avec le partenaire.

Cette pratique est expliquée à partir du concept de ki. Le « Ki » au Japon, correspond à ce qu'on nomme "Chi" en Chine, "Prâna" en Inde. On la retrouve aussi en Occident : par exemple, chez les stoïciens sous le terme de « pneuma ».

La notion de Ki recouvre l’idée d’un principe, d’une énergie vitale qui circule à l’intérieur et entre les êtres vivants, énergie qui serait la source originelle de la vie, c’est-à-dire le moteur qui anime toutes manifestations vivantes dans l’univers.
Au Japon, le Ki sous-tend une multitude d’activités : arts martiaux, pratique du Zen, calligraphie, cérémonie du thé, art de la composition florale, etc. Cette notion est a priori opposée à notre rationalité et, plutôt que de chercher à l’aborder par son aspect philosophique, intellectuel, il est préférable d’en faire d’abord l’expérience par la pratique : cette notion appartient avant tout au domaine du sentir.
Selon les arts le ki est envisagé différemment. Par exemple selon Kenji Tokitsu (pratiquant célèbre de karate traditionnel), entre les pratiquants, il y a le ma – l’entre-deux spatial et temporel – et dans le ma il y a le ki. Le ki est ainsi pour
Tokitsu à la fois une énergie intime et une énergie externe qui relie les individus entre eux et se partage.
Pour Ueshiba (fondateur de l’aikido), le ki est à la fois une énergie vitale individuelle et universelle dont la source se situe dans la centre du coeur-esprit [kokoro]. Or pour Ueshiba, ce centre est le même pour tout individu : chaque intimité ouvre sur l’intimité d’autrui, de telle manière que l’énergie la plus intime est également l’énergie universelle. Si donc pour lui le ki est l’énergie qui relie les individus entre eux, elle n’est pas une énergie qui se trouve en dehors du corps. L’idée est que tout être vivant est relié à une même source primordiale.
La conception du ki dans le Katsugen’undo est semblable à celle développée par Ueshiba. Le Katsugen’uno vise ainsi à retrouver cette source de vitalité qui est en soi, dans les profondeurs du corps, et de l’esprit. Les exercices qui se font par deux ne visent donc pas à « transmettre » une énergie, mais à aider l’éveil d’un mouvement énergétique.

4) L’étude des tendances corporelles Taïheki
Noguchi a condensé ses observations et ses conclusions sur la nature humaine dans une classification basée sur la motricité involontaire, système qu’il a baptisé « Taïheki » , littéralement « habitudes corporelles ».
Les singularités corporelles inhérentes à chaque être humain s’observent à partir de la morphologie, la structure, la posture, la motricité inconsciente, les tensions partielles, mais aussi d’autres repères comme la tonalité de la voix, la vitesse d’élocution, le vocabulaire, le regard, la physionomie et les mimiques, le rire, la disposition des vertèbres et leur sensibilité respective, le rythme de la respiration, le grain de la peau etc... En bref, la typologie Taïheki intègre tout ce qui constitue la structure physique, les habitudes et le comportement de chacun.

5) Equilibrer le corps
La pratique du Seitaï peut avoir de profonds effets sur l’état de santé, mais que ceci n’en constitue qu’un aspect secondaire. C’est lorsqu’elles sont pratiquées sans but défini que les pratiques Seitaï conduisent à un rééquilibrage de notre organisme. Celle-ci ne s’opère pas de manière rationnelle et identique pour tout le monde, mais varie suivant l’état initial et le vécu de chacun.
On peut cependant dégager en principe trois périodes qui se succèdent de manière cyclique au fil de la pratique, avec des périodes d’intensification ou d’apparente stagnation :
a) Détente initiale
On peut ressentir une fatigue agréable, avec parfois une diminution de l’appétit. Il ne faut pas alors lutter contre ses envies. La fin de cette période peut être marquée par des sensations de froid, de ruissellement d’eau sous la peau ; mais on peut aussi avoir des réactions très fortes, surtout au moment du sommeil, avec un froid extrême, des frissons. Comme pour le Katsugen, il ne faut pas lutter contre cela mais laisser ces réactions s’exprimer jusqu’au bout. Il ne faut pas s’en inquiéter, mais s’en réjouir car c’est le signe d’une évolution positive.
b) Hypersensibilité
Il s’agit d’une phase de retour à la sensibilité de l’organisme où on ressent des douleurs partout, comme pendant une grippe. De l’insomnie peut survenir, ou de la fièvre. Là encore il faut considérer que l’organisme se réveille et se sensibilise. Il faut alors se reposer, surtout après que la fièvre est passée
c) Evacuation
La détente pénètre ensuite en profondeur en libérant l’humidité du corps ; le fonctionnement de l’évacuation s’intensifie de sorte qu’il peut survenir des selles très colorées ou des diarrhées abondantes. Cela peut être aussi sous forme d’urine, de sueur ou de bâillements continus. Il faut éviter dans cette période de prendre froid et de se précipiter dans des activités intenses.
Au fur et à mesure de ces périodes, on sent petit à petit qu’on se transforme en profondeur : les peurs se dénouent, les obstacles semblent diminuer de taille, l’amplitude musculaire, la respiration augmente et on devient plus souple : l’écart entre la contraction et la détente s’agrandit.

6) Une séance type :
1. Expiration au plexus solaire, puis Kihon Taissô.
2. Exercices pour le déclenchement du Katsugen-Undo, par excitation du bulbe rachidien et de la colonne vertébrale, ou à deux par les 2eme points de la tête.
3. Katsugen-Undo, individuel ou mutuel, inspirations par la colonne.
4. Inspirations synchronisées.
5. Détente, observation de la respiration.
6. Chaîne d’activation, avec inspirations synchronisées au départ et la fin.
7. Gasshô-Gyoki.
8. Yuki-Hô.

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